L'église des Récollets

Le 11 juin, le lendemain après l'incendie de l'église,  l'ASBL Communauté Historia a fait dépêcher une équipe pour un état des lieux de l'église des Récollets à Binche. Avec l'accord du capitaine des pompiers notre équipe a pu avoir un accès au dessus de la voute et à l'intérieur de l'église.

Si la charpente a presque entièrement été calcinée, on nous indique que le bâtiment n'a pas bougé et que la voute a entièrement encaissé le poids de la charpente lorsqu'elle est tombée petit à petit dessus.

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Notre patrimoine brûle et nous regardons ailleurs…"
 

Tel est le constat dressé par une majorité de wallons. De Tournai à Namur, de Liège à Verviers, nous assistons, sidérés, et pratiquement quotidiennement, à la perte d’éléments patrimoniaux, parfois significatifs.

Depuis trop longtemps, des élus ont fait le choix de ne plus assumer une partie de notre patrimoine culturel commun. À la gestion quotidienne a été privilégiée une politique de l’à-coup et de l’à-peu-près. Des défaillances, des manquements sont constatés à tous les échelons administratifs. Et cette sclérose nous conduit aujourd’hui à une paralysie des services de l’État… censés être les garants de notre conscience patrimoniale commune.

A Binche, le choix de la facilité a été préféré. Certes, l’église des Récollets appartient à un particulier. Certes, l’édifice a été laissé à l’abandon (et cela nous interroge). Or, ne sommes-nous pas ici en face d’un édifice classé relatant une partie de l’histoire qui a traversée la Ville de Binche ?

Après l'église de Lodelinsart, le kiosque de Fosses-la-Ville, nous pensions que ces échecs serviraient d’exemple. L’absence de projets, l’absence de visions ont été depuis longtemps abandonnées pour laisser place à la ruine et à la destruction. Un feu de broussaille. Une posture politique. Une conférence de presse. Une lecture partiale d’un rapport d’expertise et le tour était joué… ; au nom de la sécurité publique, la démolition des Récollets était scellée.

Ce jour, après plusieurs relances, nous avons pu prendre connaissance du rapport en question mais nous en avons vu la copie refusée. Sa lecture confirme les informations relayées dans la Presse.

 

La Ville de Binche n’a pas joué franc jeu et a sciemment manqué à son devoir d’objectivité en ne relatant que les seuls éléments qui confortaient son choix de la démolition. Et nous constatons que, effectivement, des questions de sécurité publique se posent et devront requérir une réponse rapide de la part des Autorités pour garantir la sécurité des passants et riverains.

Mais pouvons-nous en conclure que ce rapport condamne définitivement l’église des Récollets ? Absolument pas. Au contraire, ce rapport confirme les constats réalisés par nos soins au lendemain de l’incendie. L’édifice a bien résisté au feu. La charpente s’est couchée sur les voûtes et ces dernières ont parfaitement joué leur rôle. Le rapport indique ainsi que : "... Le sinistre n'a pas touché les voûtes ...". Une potentielle instabilité des façades latérales pourrait rapidement être compensée par la pose d’une nouvelle charpente et de nouveaux tirants, on peut lire également qu' "... aucune fissure n'est visible sur les façades et le pignon ne comporte aucune déformation ...".

Et le rapport de préciser que : "... La pose d'élément de protection contre les intempéries doit se réaliser simultanément à une méthode de stabilisation ...".

Nous sommes conscients des difficultés auxquelles sont confrontées actuellement les communes. En effet, malgré les interpellations faites dans ce dossier, force est de constater que la réglementation actuelle n’est pas adaptée.

Au regard de ce qui précède, nous plaidons pour que les mesures urgentes soient prises pour les parties hautes de l’édifice. Nous invitons également les services administratifs concernés, en association avec l’IRPA, à prendre toutes les mesures que ces Administrations estimeront utiles pour sécuriser et protéger le mobilier présent au sein de l’édifice.

L'heure actuelle n'est plus à la démolition mais bien de s’interroger sur le phasage des différentes interventions requises et nécessaires tant pour le bâtiment que pour le mobilier présent.

Il est un fait que la question de la réaffectation des anciens lieux de culte mériterait d’être débattue et pas seulement au niveau de la Ville de Binche. Nous ne pouvons que plaider pour que des projets porteurs de sens pour la collectivité et ce patrimoine commun puissent se dessiner.

Une nouvelle réflexion doit être menée et nous restons à la disposition de la Ministre et de son Administration pour la mener à bien.