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MAISON DES BRASSSEURS, Enghien

Enghien : une maison du XVIIe siècle servie sur un plateau à un promoteur immobilier ? Riverains et Historia au Conseil d’État

A-t-on exagéré l’état sanitaire de la maison d’un maître brasseur de la rue du Doyen à Enghien ? A-t-on écarté du permis l’avis de l’Agence wallonne du Patrimoine alors qu’il était obligatoire ? Un ministre a-t-il favorisé la démolition contre sa propre administration ? La Ville affirme elle-même que le projet a reçu l’avis favorable « du ministre ».

Communauté Historia et des riverains de la rue du Doyen ont déposé ce lundi 12 octobre au Conseil d’État une demande de suspension en extrême urgence et un recours en annulation contre le permis du 10 septembre 2026, qui autorise la démolition de l’hôtel de maître du n° 5 et la construction de 33 logements. Le promoteur a annoncé à la commune une démolition dès le 14 octobre.

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  PATRIMOINE REMARQUABLE ?  

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Depuis le début, le Collège communal a réduit cette demeure à un « chancre urbain ». C’est en réalité la maison d’un maître brasseur, dont le noyau remonte au XVIIe siècle. Ses pierres portent la marque du tailleur Clément Delalieu, que l’on retrouve au château d’Enghien. Elle conserve un escalier d’honneur à balustres, des plafonds de stuc, une porte Louis XV à rocailles et une charpente de chêne saine, avec son mécanisme de levage. La Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles la juge « parfaitement restaurable » et y voit « l’un des rares édifices de cette qualité subsistant à Enghien ». L’Agence wallonne du Patrimoine souligne quant à elle ses « qualités patrimoniales indéniables ».

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L’étude de stabilité du promoteur lui-même ne relève aucun défaut structurel majeur. Les vues aériennes de l’association montrent l’origine des dégâts, un simple chéneau bouché sur la cour, faute d’entretien.

Un avis obligatoire absent du dossier

Le bien est pastillé à l’inventaire du patrimoine. L’avis de l’Agence wallonne du Patrimoine était donc obligatoire et la Ville le savait, puisqu’elle l’a demandé le 6 mai. Elle a envoyé sa demande au mauvais service, puis attendu quatre mois sans s’en inquiéter…

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L’avis, rendu le 10 juin, est bel et bien défavorable et comporte des conditions obligatoires. Il impose l’enregistrement des caves avant toute démolition et une évaluation archéologique de la parcelle, située au pied des remparts. Le permis le déclare « non transmis » et n’en reprend rien. La Ville affirme pourtant aux pétitionnaires que le projet a reçu l’avis favorable « du ministre ». Lequel, et sur quelle base se passe-t-on de l’avis des administrations compétentes ?

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Des justifications qui ne tiennent pas

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La Ville invoque l’amiante, la mérule et la stabilité. L’amiante doit de toute façon être enlevé avant tout chantier, rénovation ou démolition, ce que sa propre commission d’urbanisme lui a rappelé. La mérule, « présente en quelques endroits » selon le promoteur, devient dans le permis une présence généralisée à tout le bâtiment, sans le moindre diagnostic et pour mieux justifier la démolition. L’étude de stabilité du promoteur conclut elle-même à l’absence de défaut majeur. Reste le programme. Le Collège l’écrit lui-même, la restauration « demeure techniquement envisageable » mais le bâtiment ne permet pas de réaliser le projet. On démolit le patrimoine parce qu’il gêne un immeuble à appartements.

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Des règles d’urbanisme que la Ville n’applique pas

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Enghien est un centre ancien protégé depuis 1976. Les outils légaux comportent de nombreuses règles et orientations pour garantir la qualité et la protection de son centre ancien. Face au promoteur, une dizaine d’articles des guides d’urbanisme sont pourtant écartés sans motivation sérieuse et le périmètre d’intérêt culturel, historique ou esthétique du plan de secteur n’est même pas examiné. L’avis de l’AWaP est oublié, celui de la Commission royale enterré. Comment un bourgmestre, en charge d’un dossier patrimonial sensible par nature, peut-il laisser passer un permis comme celui-là ?

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Conserver une porte ne sauve pas un bâtiment

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« On a sauvé la porte », nous ont répondu certains membres du Collège communal. "Rassurez-vous", puisque le bâtiment présente aussi un fort intérêt pour la commune, sa porte sera insérée dans un mur, comme une stèle funéraire, en souvenir du patrimoine d’Enghien. Les cheminées serviront, selon la Ville, à « l’aménagement des boîtes aux lettres », au nom de la « continuité patrimoniale du site ». Un édifice ne se résume pas à quelques pierres décoratives. Son intérêt tient à ses volumes, ses matériaux, sa distribution et ses techniques de construction.

Avant de saisir le Conseil d’État, Historia a proposé au promoteur de conserver le corps central de la maison et d’étudier un projet conciliant restauration, architecture contemporaine et logements. Aucune réponse n’est venue, ni du promoteur ni de la Ville.

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