FOUILLES A LA CITADELLE
DE TOURNAI
UN RISQUE MAJEUR DE DESTRUCTION ARCHÉOLOGIQUE À LA CITADELLE
Le projet de construction d’un parking rue des Patriotes Fusiliers à Tournai soulève aujourd’hui une inquiétude majeure : celle d’une atteinte irréversible à un patrimoine archéologique d’une valeur exceptionnelle.
En date du 17 décembre 2025, la Communauté Historia a officiellement interpellé Madame la Ministre du Patrimoine, Valérie Lescrenier, afin d’attirer son attention sur les risques liés à ce projet, situé au cœur du périmètre de l’ancienne citadelle. À ce jour, aucune réponse n’a été apportée, malgré l’urgence manifeste de la situation et la nécessité d’une intervention fondée sur l’expertise scientifique et le respect du cadre légal.
Or, les terrains concernés ne sont en rien anodins. Ils sont clairement identifiés sur la Carte archéologique — un document officiel publié au Moniteur belge, conçu précisément pour orienter les décisions d’aménagement. Cette carte n’est pas indicative : elle constitue un véritable outil d’anticipation, destiné à prévenir les destructions irréversibles en imposant la réalisation de fouilles préventives adaptées.
Dans le cas présent, les zones impactées recèlent des vestiges d’importance majeure : courtines, escarpes, réseaux de galeries souterraines, autant d’éléments structurants du système défensif de la citadelle de Tournai au XVIIᵉ siècle. Ce patrimoine constitue une source irremplaçable pour la compréhension de l’histoire militaire et urbaine de la ville. Sa destruction, sans documentation préalable rigoureuse, constituerait une perte scientifique irréversible.




Dans ce contexte, la délivrance récente du permis de construire interroge légitimement. Elle soulève la question du respect effectif des obligations en matière d’archéologie préventive, telles que prévues par le Code wallon du Patrimoine, notamment son article D.67, ainsi que par la Convention européenne de La Valette, ratifiée par la Belgique, qui impose aux États de protéger, documenter et, lorsque cela est possible, conserver les vestiges archéologiques.
Il convient néanmoins de souligner l’attitude constructive du CHwapi, maître d’ouvrage du projet, qui s’est déclaré favorable à la mise en place de fouilles préventives et d’un suivi archéologique adapté. Cette position démontre qu’un projet d’aménagement urbain peut s’inscrire dans une logique de responsabilité patrimoniale, à condition que les cadres réglementaires soient pleinement respectés et effectivement appliqués.
Dans cet esprit, la Communauté Historia appelle à une action immédiate et structurée. Il est impératif de garantir la réalisation effective d’interventions archéologiques avant tout début de chantier, de privilégier, chaque fois que cela est techniquement possible, la conservation in situ des vestiges, et de mettre en place un cadre de concertation transparent associant l’ensemble des acteurs concernés : AWaP, Ville de Tournai, maître d’ouvrage et experts indépendants.
À défaut de garanties claires, la Communauté Historia se réserve le droit d’introduire toute action utile afin de faire respecter le cadre légal. Une telle démarche s’inscrirait dans la continuité des actions déjà engagées sur d’autres sites sensibles, notamment à Namur (Dames Blanches, parking Rogier), où des situations comparables ont révélé des carences préoccupantes dans la protection du patrimoine archéologique.
Ce dossier dépasse le seul cas tournaisien. Il pose une question fondamentale : celle de la capacité des autorités publiques à concilier développement urbain et préservation des ressources patrimoniales non renouvelables. L’archéologie ne constitue pas une contrainte accessoire ; elle est une composante essentielle de l’intérêt général.
La Communauté Historia réaffirme, enfin, sa pleine disponibilité pour collaborer avec l’ensemble des parties prenantes afin de dégager une solution équilibrée, fondée sur la connaissance, le respect du droit et la transmission de notre héritage commun.
