L'HOTEL DE VILLE DE FOSSES
LA RÉGION WALLONNE ANNULE LA DÉMOLITION DE L’ANCIEN HÔTEL DE VILLE
La décision est désormais officielle : la Région wallonne a retiré le permis d’urbanisme autorisant la démolition de l’ancien hôtel de ville de Fosses-la-Ville. Cet acte met un terme, au moins provisoire, à un dossier qui, depuis plusieurs années, s’est construit dans un climat de tensions, d’incohérences administratives et d’irrégularités manifestes.
Dans sa motivation, le fonctionnaire délégué relève explicitement que plusieurs moyens soulevés dans le cadre du recours présentent un caractère sérieux, suffisant à eux seuls pour justifier le retrait du permis. La conclusion est sans équivoque : l’acte administratif est entaché d’irrégularité et ne pouvait être maintenu. Cette position vient confirmer, de manière claire et juridiquement fondée, la solidité des arguments développés par les riverains et les acteurs mobilisés pour la sauvegarde du site.
Cette décision n’intervient pas dans un vide. Elle s’inscrit dans un contexte où les avis scientifiques et patrimoniaux étaient déjà unanimement défavorables. L’AWaP avait ainsi dénoncé une instrumentalisation de l’histoire au service d’un projet politique, soulignant que celui-ci « s’inscrit aux antipodes de la valorisation du génie du lieu ». La Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles avait, elle aussi, rendu un avis strictement défavorable, sans ambiguïté. Ces prises de position, loin d’être accessoires, constituent des références majeures dans l’appréciation de la légalité et de l’opportunité d’un tel projet.




À cela s’ajoute une jurisprudence désormais constante. Par son arrêt du 9 août 2022 (n°254.319), le Conseil d’État avait déjà annulé le permis de démolition du kiosque classé de Fosses-la-Ville dans des circonstances comparables. Plus récemment, l’arrêt du 12 juin 2025 (n°263.577) est venu réaffirmer avec force que la protection du patrimoine existant prime sur toute stratégie d’effacement insuffisamment motivée. La décision de la Région wallonne s’inscrit dans cette continuité et en constitue, en quelque sorte, la traduction administrative directe.
Face à ces éléments convergents, l’attitude du Collège communal interroge profondément. Malgré les alertes répétées, malgré l’opposition formelle de 114 riverains lors de l’enquête publique, malgré les analyses critiques produites par une vingtaine de spécialistes — artisans, architectes, experts du patrimoine —, la commune a persisté dans une logique de passage en force. Des pressions ont été rapportées, un référé judiciaire a été introduit pour prévenir une démolition illégale, et pourtant, le projet a été maintenu comme si le cadre légal pouvait être contourné.
Il ne s’agit plus ici d’une simple divergence d’appréciation ou d’une erreur administrative isolée. Ce qui apparaît, à la lumière de la décision régionale, c’est un dysfonctionnement plus profond dans la manière dont l’action publique a été conduite. Le sentiment qui s’en dégage est celui d’une décision orientée en amont, cherchant ensuite à se justifier, y compris par une réécriture contestable du récit historique, plutôt que de s’inscrire dans une démarche rigoureuse, transparente et conforme au droit.
La Région wallonne rappelle, par cette décision, des principes essentiels qui ne peuvent être relativisés : une décision administrative doit être correctement motivée, les procédures doivent être respectées, les avis spécialisés doivent être pris en considération de manière réelle, et le patrimoine ne peut être sacrifié sans justification sérieuse et proportionnée. Elle reconnaît également, de manière implicite mais indiscutable, le rôle déterminant de la mobilisation citoyenne dans ce dossier.
Cette décision constitue donc à la fois une sanction juridique et un signal politique. Elle impose une réorientation complète du projet et oblige la Commune à revoir sa position dans le respect du cadre légal. La logique de la table rase, héritée d’un paradigme désormais dépassé, ne peut plus être poursuivie au mépris des règles de droit et de la mémoire collective.
L’ancien hôtel de ville est aujourd’hui, de fait, protégé par cette décision. Pour autant, ce dossier n’est pas clos. Les suites devront être examinées avec attention dans les prochaines semaines, notamment en ce qui concerne la restauration du site, la question de la reconstruction du kiosque et les mesures qui pourraient être envisagées si les obligations légales n’étaient pas respectées.
Ce qui s’est joué à Fosses-la-Ville dépasse largement ce seul projet. Ce dossier rappelle que l’État de droit est une réalité concrète qui peut être activée lorsque les citoyens se mobilisent, lorsque les arguments sont solides et lorsque les institutions remplissent pleinement leur rôle de contrôle.
Nous resterons pleinement engagés pour que cette exigence de légalité, de rigueur et de respect du patrimoine soit maintenue dans la suite de la procédure.
